Europe/Paris
Blog20 janvier 2026

On ne manque pas de développeurs. On manque d’entreprises prêtes à en former

La tech ne manque pas de développeurs : elle manque d’entreprises disposées à former des juniors. Pendant que les processus de recrutement s’étirent, que les CV IA circulent en boucle et que les annonces périmées restent en ligne, les équipes tournent à flux tendu.
On ne manque pas de développeurs. On manque d’entreprises prêtes à en former
Avant l’IT, j’ai dirigé plusieurs restaurants, et j’y ai appris un truc très simple : Une équipe ne s’effondre pas d’un coup. Elle s’abîme quand on refuse de la renforcer. C’était vrai en restauration, je découvre que c’est tout aussi vrai dans la tech. Quand je me suis reconverti, j’ai fait ma part :
  • 📚 j’ai appris,
  • 💻 j’ai codé,
  • 🧠 j’ai compris.
Puis j’ai rencontré le recrutement tech... Et là j’ai compris que, tel Alice (ou Néo selon les refs), j'ai suivi le lapin blanc
« On manque de développeurs ! » … mais on refuse les juniors. « On veut un profil opérationnel J+1 ! » … mais l’annonce date de 4 mois. « On n’a pas le temps d’onboarder ! » … mais l’équipe se noie depuis autant de temps au moins. La contradiction est flagrante. Et puis le rituel habituel : T'envoies un CV à une ESN lambda Tu reçois un message automatique, qui te dit qu'on te recontactera sous deux semaines, même si réponse négative oui oui, parce que "chez nous, chaque candidat compte" Si tu passes ce premier filtre :
  • Visio avec RH sous 2 semaines
  • Test technique de 4 heures une semaine plus tard
  • Entretien N+1
  • Entretien N+2
  • Débrief
  • Décision sous 20 jours ouvrés
Avec en option :
  • 🩺 un bilan sanguin
  • 🧠 un test psychomoteur
  • 🚗 le carnet de révision de ta voiture....
Comme si t'allais bosser pour Le bureau des légendes ! Mais bon sang, "période d'essai", ça n'évoque rien pour personne ??
Aujourd’hui, beaucoup de candidats envoient des CV… qu’ils n’ont même plus écrits avec leurs petites mains Ils sont générés par IA -> pour plaire à des IA -> qui les filtrent pour des ESN -> qui lisent ces CVIA -> pour des annonces parfois obsolètes... Evidemment, dans cet intervalle, l'équipe tourne avec au moins une personne manquante : c’est un peu comme éteindre un incendie avec un verre d’eau. Ça tient… jusqu’au moment où ça ne tient plus. Bienvenue dans la boucle de l’absurde. 🦈 Et pendant ce temps-là : des requins surfent la vague -> En parallèle sur les réseaux pullulent des offres de tous poils, miraculeuses : Abonnements miraculeux : « Plus d’entretiens à 29€/mois ! » Automatisation agressive : « 500 CV envoyés par jour, optimisés IA ! » Promesses à la DARTY : « Garantie réussite ! » Au final :
  • les ATS saturent,
  • les juniors s’épuisent,
  • les recruteurs croulent sous les clones,
  • et rien n’avance vraiment.
Un business qui profite surtout… à ceux qui ont créé le problème. Payer pour trouver du travail : on marche vraiment sur la tête.
Contrairement aux clichés, un junior sait coder. Ce qui lui manque ? Le contexte. Pas la compétence. Comme en restauration : un serveur expérimenté qui change d’établissement sait bosser, il ne sait juste pas encore dans quel frigo sont rangés les desserts et le ketchup pour la 12 ! Et ça, ça s’apprend... vite. Plus vite que n’importe quel process de recrutement XXL en tout cas.
Je n’ai pas peur de l’IA. Je l’utilise tous les jours, et je progresse chaque jour grâce à elle... J’ai testé GPT, Claude, Copilot, Cursor, Windsurf, Replit… Et soyons lucides : ça change profondément la manière de travailler. C'est dingue ce qu'elle sait faire :
  • générer un squelette de front en 3 minutes,
  • résoudre en 20 secondes un bug que je traînais depuis 2 jours,
  • expliquer un concept mieux que la doc officielle,
  • proposer un refactoring propre, argumenté et cohérent, ...
Oui, certaines choses que j’ai apprises sont déjà en partie obsolètes. Pas parce qu’elles ne servent plus, mais parce que l’IA permet d’aller plus vite dessus. Mais soyons clairs : Une IA accélère, elle n’assume pas un poste. Elle ne comprend pas :
  • le métier,
  • les priorités,
  • les compromis,
  • la culture d’équipe,
  • la communication humaine,
  • les enjeux non écrits.
Alors j’ai posé la question directement à un LLM (chat GPT 5.2) : “Une IA peut-elle remplacer un junior en entreprise ?” Voici sa réponse :
« Non. Une IA peut produire du code, expliquer des concepts, résoudre des bugs simples et accélérer certaines tâches. Mais elle ne comprend ni le métier, ni les priorités, ni le contexte humain dans lequel s’inscrit un projet. > Un junior, lui, apprend ces éléments, s’adapte, pose les bonnes questions, comprend les contraintes réelles et finit par contribuer au produit, pas seulement au code. L’IA exécute sans responsabilité. Un junior évolue, devient > autonome et finit par apporter une valeur qu’aucun modèle ne peut remplacer. En réalité, l’IA peut augmenter un junior… mais sûrement pas le remplacer. »
Il m'a pondu un résultat beaucoup plus long évidemment, que je lui ai demandé de résumer (malin le gars)... Au final, l’IA peut t’aider à apprendre plus vite. Mais elle ne remplacera jamais ce que seule une équipe peut transmettre. Et tout est dit.
Ça oblige à :
  • clarifier
  • documenter
  • structurer
Bref, à rendre l’équipe plus solide, plus résiliente, et surtout, composée de personnes qui ne viennent pas bosser avec la boule au ventre ! 👉 La transmission, c’est comme dans les grandes cuisines : un chef étoilé ne garde jamais ses secrets pour lui. Il montre comment lever un filet, réduire une sauce, dresser une assiette parfaite. Il transforme un commis hésitant en un créateur précis, rapide et sûr de lui. Dans la tech comme en cuisine, les talents rares ne naissent pas “tout faits”. Ils se forment, patiemment. C’est ça, un vrai mouton à cinq pattes : le résultat de la transmission, pas du hasard. 👉 Comment on crée des seniors... sans former de juniors ?? Je suis preneur. 📝🙂 Et le plus ironique dans tout ça ? Si la tech appliquait à elle-même la logique qu’elle exige des juniors, elle serait déjà en avance de deux versions.
Ts
// TODO: recruter un junior
if (needsDev && juniorCandidate) {
  hire(juniorCandidate);
} else {
  burnOut(team);
}
Je ne demande pas qu’on me déroule le tapis rouge. Juste qu’on regarde la réalité en face : le secteur se prive lui-même des talents qu’il dit chercher.
Je ne suis pas amer, loin s'en faut : je suis motivé, curieux, travailleur. Et conscient du monde dans lequel j’entre. Je suis juste triste de voir un secteur devenir autophage, à force de s’obstiner à chercher ce qu’il refuse de construire.
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