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Blog15 février 2026

Quand les modèles d’organisation ne tiennent plus face au travail réel de l’IT

On entend souvent dire que l’IT va trop vite. Que les organisations n’arrivent plus à suivre le rythme. Que les métiers techniques changent plus vite que les structures. L’IT n’est pas devenu incontrôlable. Il est simplement resté un travail de conception vivante...
Quand les modèles d’organisation ne tiennent plus face au travail réel de l’IT
On entend souvent dire que l’IT va trop vite. Que les organisations n’arrivent plus à suivre le rythme. Que les métiers techniques changent plus vite que les structures. Le problème, c’est que cette lecture inverse la cause et l’effet. L’IT n’est pas devenu incontrôlable. Il est simplement resté un travail de conception vivante, alors que beaucoup de modèles d’organisation ont été pensés pour de l’exécution stable. Ce décalage n’apparaît pas toujours dans les moments calmes. Il devient visible quand les priorités bougent, quand les contraintes arrivent tard, ou quand il faut décider avec une information incomplète. Pendant longtemps, le décalage est resté supportable. On compensait.
  • Par des seniors.
  • Par de la débrouille.
  • Par de l’engagement individuel.
Aujourd’hui, ce décalage est devenu structurel. Et ce n’est pas l’IT qui “n’arrive plus à suivre”. Ce sont certains modèles d’organisation qui ne tiennent plus face à ce que ce métier est réellement.
Beaucoup d’organisations continuent d’organiser l’IT comme si elles géraient une cuisine industrielle.
  • Un menu défini à l’avance.
  • Des recettes écrites une fois.
  • Des postes bien séparés.
  • Et une chaîne qui doit tourner, quoi qu’il arrive.
Sur le papier, c’est rassurant. Jusqu’au moment où le service ne se déroule pas comme prévu. Et en restauration... c’est rarement prévu. Dans la réalité, l’IT ressemble beaucoup plus à une cuisine de restaurant vivant.
  • Le menu évolue.
  • Les clients changent d’avis.
  • Les contraintes arrivent en plein service.
  • Et certaines décisions prises à 19h conditionnent toute la soirée.
Dans ce contexte, séparer strictement :
  • ceux qui conçoivent la carte,
  • ceux qui cuisinent,
  • ceux qui gèrent les équipes,
  • et ceux qui “pilotent la performance”,
... revient à couper exactement là où le travail a besoin de continuité.
Dans une vraie cuisine, un cuisinier n’exécute pas une recette comme une machine.
  • Il ajuste.
  • il anticipe.
  • Il compense.
  • Il décide.
Si la sauce ne prend pas, il corrige. Si un ingrédient manque, il improvise. Si le service déraille, il arbitre. Personne ne dirait :
“Ce n’est pas ton rôle, applique la recette.”
Et pourtant, en IT, on continue souvent à organiser le travail comme si :
  • le besoin était figé,
  • la solution évidente,
  • et l’exécution déconnectée de la compréhension.
Ce n’est pas un problème de compétence. C’est une erreur de modèle.
Dans un restaurant, le coup de feu est un moment. Il est intense, mais il est temporaire. En IT, le coup de feu est devenu permanent. Ce n’est pas toujours visible dans les plannings. Ça se voit surtout dans ce qui n’a plus le temps d’être discuté.
  • Tout est urgent.
  • Tout est prioritaire.
  • Et tout arrive avec un contexte incomplet.
Alors on fait comme en cuisine quand l’équipe est trop courte :
  • on serre les dents,
  • on compense,
  • on fait tenir le service.
Sauf qu’en IT, ce mode dégradé est devenu la norme. On ne répare plus le modèle. On s’habitue à compenser.
Dans beaucoup d’organisations, ce décalage est absorbé silencieusement. Par l’expérience, par la conscience professionnelle, des méthodes ou des outils. Ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est ce qui permet au système de continuer à tenir. Le vrai sujet apparaît quand cette capacité devient intermittente, individuelle ou externalisée. À ce moment-là, la question n’est plus l’efficacité immédiate, mais la capacité du collectif à durer.
Ce que ces modèles d’organisation ratent, ce n’est pas la complexité technique. C’est la nature du travail. L’IT n’est pas un flux d’exécution à optimiser. C’est un travail de conception continue, fait d’arbitrages, de compromis et de décisions prises avec une information toujours incomplète. En continuant à le structurer comme une chaîne stable :
  • on sépare ceux qui comprennent de ceux qui font,
  • on dilue la responsabilité du “pourquoi”,
  • on transforme l’autonomie en injonction à se débrouiller,
  • et on appelle ça de la maturité organisationnelle.
Ce n’est ni cynique, ni volontaire. C’est simplement un modèle qui ne tient plus face au réel.
Si l’IT donne aujourd’hui l’impression de ne plus suivre, ce n’est ni une question de vitesse, ni une question de compétences. C’est le signe d’un décalage persistant entre un travail devenu profondément adaptatif et des modèles d’organisation pensés pour de la stabilité. Tant que ce décalage n’est pas reconnu pour ce qu’il est, les tensions continueront d’être traitées comme des anomalies locales, alors qu’elles sont structurelles. Et aucune méthode, aussi bien intentionnée soit-elle, ne pourra durablement combler cet écart.
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Max | Quand les modèles d’organisation ne tiennent plus face au travail réel de l’IT